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View Full Version : French-Pachydactylus rangei



thorrshamri
08-14-2010, 02:29 PM
Pachydactylus rangei ( Andersson 1908)

Le gecko palmé du Namib
Ecologie, maintien en captivité et reproduction

Par Hervé SAINT DIZIER
47, rue de Lion sur Mer
14000 CAEN
hsaintdizier@hotmail.com


Taxonomie*

Classe: Sauropsida************************
Ordre: Squamata********************************
Sous –Ordre: Lacertilia**********************************
Famille: Gekkonidae*******************************

Pas de sous –espèces reconnues .

Terra typica*: Lüderitz-Bucht, Sud-Ouest Africain Allemand, sur le territoire de la Namibie actuelle*; latitude 26° 38’ S, longitude 15° 10’ E, altitude 105 mètres.

Holotype*: SMW 928 (State Museum Windhoek, Namibie ).

Identifiant taxonomique international : 202843

Noms vernaculaires*:
Anglais*: Web-foot(ed) gecko, Namib sand gecko
Allemand : Wüstengecko, Namibien Sandgecko
Afrikaans : Webvoetgeitjie
Phylogénie
L’espèce a été récemment renommée, alors qu’elle est connue d’une majorité de terrariophiles sous le nom de Palmatogecko rangei. Elle fait désormais partie du genre Pachydactylus, avec lequel il a été démontré qu’elle entretient des critères de similarité phylogéniques suffisants pour être incluse dans ce genre. Palmatogecko vanzyli (anc. Kaokogecko vanzyli ), l’autre espèce de ce genre désormais invalide, a été également incorporée au sein des Pachydactylus, vaste genre regroupant plusieurs dizaines d’espèces. L’ensemble des espèces apparentées au sein du groupe des Pachydactylus d’Afrique Australe a été soit, regroupé dans ce genre par BAUER et LAMB (2005) soit redirigé vers d’autres genres voisins mais néanmoins phylogéniquement distincts, par exemple Chondrodactylus.
L’étude se base sur l’analyse comparée de la forme des pieds de trois genres fréquentant les sables des déserts Namibiens et Sud-Africains : Colopus, Pachydactylus et Palmatogecko, auquel il faut ajouter le genre Chondrodactylus. Ces formes varient en fonction de la nature des sables (granulométrie, origine géologique, forme des grains…) et permettent de distinguer trois groupes cladistiques distincts ayant fait l’objet de cette révision. Cette étude se fonde sur la phylogénie moléculaire des différents taxa et sur les évolutions divergentes ou convergentes ayant eu lieu, y compris au sein d’espèces disparues et ancestrales des formes actuelles, à ces différents types de sols pour l’excavation des terriers par les geckos eux-mêmes .
Les espèces du complexe d’Afrique Australe Pachydactylus recensées à ce jour se caractérisent par une réduction de la surface des lamelles subdigitales permettant aux gekkoninae de grimper sur des surfaces plus ou moins lisses, et sur l’apparition au cours de l’évolution, d’écailles épineuses sur les doigts ou la voûte plantaire pour permettre une locomotion facilitée sur certains sols, les substrats instables des cordons dunaires du Kalahari et du Désert du Namib, notamment .
Une convergence s’est produite avec les changements climatiques du Miocène moyen et inférieur (21-17 millions d’années ), les plus anciens ancêtres du genre Pachydactylus et de ses dérivés étaient arboricoles et sont devenus par adaptation, terrestres, voire semi-fouisseurs (excavation de terriers). Alors que, dans la zone septentrionale de répartition de ces espèces, une remarquable diversité écologique demeure (sympatrie d’espèces arboricoles, rupicoles et terrestres), dans la zone méridionale, sur plusieurs centaines de générations il s’est produit une adaptation morphologique aux changements climatiques ayant conduit à faire de cette région du globe l’un des déserts de sable les plus arides de la planète.
Ces adaptations ne sont en rien spécifiques à l’Afrique Australe, on retrouve des évolutions similaires au sein de genres majoritairement rupicoles (Tarentola) mais où certaines espèces se sont adaptées à un milieu dunaire (T. chazaliae ). Des lignées ancestrales communes, via cette évolution convergente, ont selon les recherches du Pr. Bauer donné naissance au groupe des semi-fouisseurs actuels, partageant au sein du complexe Pachydactylus des traits communs*:corps devenu arrondi au lieu d’être aplati, allongement des membres, réduction des lamelles subdigitales,* développement d’écailles épineuses favorisant la locomotion au sol au détriment des surfaces verticales et l’excavation de terriers. Cependant, les analyses au niveau biomoléculaire ont démontré l’impossibilité de l’existence d’un seul ancêtre commun au sein du groupe des fouisseurs et excavateurs.
P. rangei a ainsi perdu la totalité de sa faculté d’adhésion via les forces de Van der Waals à un support vertical et les setae communes à l’immense majorité des gekkonidae, au profit d’une extension de la surface du pied ayant mené au fil de l’évolution à la palmure caractéristique de l’espèce et qui est une adaptation parfaite à son milieu de vie, lui permettant à la fois de creuser efficacement et rapidement et de marcher vite sur du sable meuble sans s’y enfoncer.
P. rangei est un gecko psammophile typique (= adapté à la vie dans les sables ) présentant en outre un caractère commun à d’autres sauriens psammophiles : les possibilités d’autotomie sont réduites à la base de la queue et non aux segments intermédiaires, et l’autotomie n’est pas facilement déclenchée.

L’évolution au niveau des pieds des geckos du complexe Pachydactylus a donc historiquement largement été dépendante de la modification des conditions climatiques et écologiques dans leurs habitats et marque une remarquable convergence avec des stades évolutifs intermédiaires très variés entre les mœurs terricoles semi-fouisseuses et arboricoles, tant en diachronie qu’en synchronie, avec de possibles taxa fossiles à l’origine des arborescences phylogéniques actuelles mais ayant évolué de façon indépendante, en convergence avec de nombreux sauriens psammophiles actuels et fossiles.
Bien qu’ils peuvent présenter des variations sensibles de la coloration dorsale, aucun statut subspécifique ni distinction de localité particulière n’a vu le jour concernant Pachydactylus rangei.
Description*:
La longueur museau-cloaque varie chez les adultes entre 55 et 78 mm, la longueur totale est de 105-140 mm pour un poids de 8 à 11 grammes. L’écaillure est fine et homogène. Les narines sont implantées sur le dessus du museau et sont assez rapprochées et proéminentes. L’œil, cerclé de blanc, est particulièrement grand. L’iris est noir. La pupille verticale typique des geckonidés nocturnes est entourée de blanc, donnant aux yeux de ce gecko un caractère particulièrement spectaculaire. Le museau est relativement court et typique des espèces du genre Pachydactylus, avec l’extrémité légèrement arrondie. Le corps a une section presque cylindrique et est porté par 4 longues pattes assez grêles, terminées par 5 doigts à la large palmure. La queue de section arrondie est fine et compte pour environ 40% de la longueur totale. La peau très fine et fragile de ce gecko est perméable et donne une impression de transparence. L’espace entre les deux yeux est bleuté. La coloration de fond est plus ou moins marquées et étendues selon les spécimens et varie entre le beige, l’orangé plus ou moins vif et le rose, avec une série de marques brunâtres parallèles aux contours irréguliers sur le dos, s’interrompant sur les flancs. Une ligne claire parcourt la face dorsale de la nuque à la pointe de la queue. Chez certains spécimens, une ligne brunâtre délimite l’abdomen des flancs. La gamme de leurs vocalisations est assez étendue, des cris de défense ou d’alerte aux sons émis pour attirer un partenaire sexuel.
Répartition géographique*:
L’espèce est à 95% endémique de la Namibie et se trouve répartie de manière discontinue sur la côte atlantique dite «*Côte des Squelettes*» sur une bande étroite correspondant aux cordons dunaires littoraux, aux dunes fossiles du Pléistocène et du Cénozoïque (Riss –Würm, 135 000-80*000 BP ), ainsi qu’en certains points de l’intérieur des terres jusqu’à 300 km des côtes dans les régions sabulicoles de dunes mouvantes ou faiblement fixées par la végétation éparse. L’altitude moyenne de l’aire de répartition est de 0 à 400 mètres au dessus du niveau de la mer.
La discontinuité de cette aire de répartition suggère une continuité ancienne, interrompue par les bouleversements climatiques et*les mouvements dunaires des derniers millénaires.
L’aire de répartition part de l’extrême Sud-Ouest de l’Angola en passant par la Namibie et atteint la Province Nord du Cap (Port Nolloth) en République Sud-Africaine où on trouve quelques populations localement denses mais interdites de capture.
Le courant marin froid de Benguela est à l’origine de la désertification de la côte et crée d’importantes brumes maritimes sur toute l’aire de répartition de P. rangei environ 300 jours par an..
Biotopes, écologie et mœurs
P. rangei est endémique au désert du Namib, caractérisé par de hauts cordons dunaires (Dunes de Sossusvlei, hautes de plus de 300 mètres ) et très pauvres en végétation. La plupart du temps, il s’agit de dunes mobiles. Les sables du Namib présentent souvent une coloration orange vif ou rouge due à la présence d’oxydes ferreux. Notre gecko est également présent dans quelques zones périphériques subdésertiques jouxtant les hauts plateaux de l’intérieur des terres et l’autre désert Namibien, celui du Kalahari, qu’il ne colonise cependant pas.
Ce geckonidé est largement tributaire des épaisses et fréquentes brumes côtières pour ses besoins en eau, ainsi qu’une grande partie de la faune et de la flore du désert du Namib. Cela explique également les températures relativement fraîches dans les stations côtières par rapport à la latitude. L’hiver austral y est particulièrement aride, avec des nuits pouvant avoisiner les 0 °C, alors que des températures supérieures à 40 °C sous abri ne sont pas rares l’été. Les moyennes restent cependant en deçà de cet extrême thermique.
Ses micro habitats sont caractérisés par la présence de rares plantes dans les fonds de vallée dunaires ou sur les versants abrités du vent, qui concentrent l’humidité.
L’absence quasi-totale de précipitations tout au long de l’année dans le désert du Namib rend P. rangei tributaire de cette humidité, tout comme une grande partie de la faune et de la flore locale. Ses terriers peuvent d’ailleurs être creusés sous les racines d’une plante, ou sous un rocher, afin de bénéficier du peu d’humidité résiduelle qui y subsiste. L’assise géologique est composée de dépôts de sables récents (quaternaires, Pliocène ) dus à l’érosion résultant de la désertification des montagnes situées plus à l’Est, de quartzite et de nombreux sols basaltiques témoignant d’activités volcaniques anciennes. Les vents dominants vont du SO au NE et façonnent le paysage dunaire.

Le terrier de P. rangei est en général creusé par le gecko lui-même. Il peut faire 40 à 70 cm de long et P. rangei se retrouve ainsi dans un habitat toujours légèrement humide, fait extrêmement important*: la nuit, il s’y produit une légère condensation. De plus, au fond du terrier, les températures se situent dans une fourchette constante de 27 à 32°C jour et nuit. On est loin des températures de surface du sable qui peuvent atteindre les 60°C. P. rangei vit de façon assez solitaire et ne constitue pas de réelles «*communautés*» sur un même site.

Cette espèce est donc extrêmement spécialisée à ce type d’habitat particulier et inféodée à la frange littorale dunaire. Des températures nocturnes d’environ 10 °C, relativement fréquentes dans le Namib, ne l’empêchent aucunement d’être actif.

P. rangei peut être parfois vu le jour hors de son terrier, qui est orienté vers la côte face aux vents humides. Il est principalement nocturne et part au crépuscule en chasse de ses proies habituelles, des arthropodes de toutes sortes pourvu qu’ils soient d’une taille correcte pour être avalés. Cependant, c’est un chasseur pouvant s’avérer assez maladroit dans ses mouvements. Tôt le matin, il lui arrive de se chauffer sur un site d’insolation proche de son terrier.
Lorsqu’il est confronté à un ennemi potentiel, il se campe fermement sur ses 4 longues pattes, soulève sa queue et enfle son corps pour sembler plus imposant, une stratégie courante chez les geckos. Le fait d’éloigner son corps du sable brûlant lui permet également d’optimiser sa thermorégulation et de ne pas voir sa température corporelle atteindre trop vite un seuil critique lors des sorties diurnes. Ses pieds palmés le handicapent sur d’autres substrats que le sable, mais ce psammophile peut s’avérer assez véloce dans les dunes lorsqu’il s’agit de fuir un prédateur,et il ne laisse quasiment aucune trace de son passage grâce à cette palmure et répartit beaucoup mieux la chaleur brûlante du sol qu’un animal pourvu de doigts présentant une faible surface.
Lors des mues, l’exuvie est intégralement consommée, pour récupérer des nutriments mais aussi pour laisser le moins d’indices possibles de sa présence à ses prédateurs.
En milieu naturel, il est friand de termites, de petites araignées, d’orthoptères terrestres et de coléoptères dunaires. Il joue un rôle écologique important de régulation des populations de certains termites et d’orthoptères végétariens nuisibles (Source*:Namibian Ministry of Environment and Tourism ).
Constitution d’un groupe d’élevage
Sur le point de la cohabitation entre les mâles, les avis sont partagés. HENKEL & SCHMIDT (1995) ainsi que ZILGER & ZILGER (1989) affirment qu’on peut faire cohabiter plusieurs mâles si la surface au sol du terrarium est suffisante. GIRARD déconseille formellement de les loger ensemble et souligne le risque de bagarres. Il semble qu’une majorité d’éleveurs ayant tenté l’expérience, même en période de reproduction, n’a pas eu de problème lorsque plus d’un mâle se trouvait dans le terrarium. Il faut dans ce cas être vigilant dans les premiers temps et observer de près ce qui se passe entre les deux mâles et les séparer si cela dégénère. Nous incitons à la prudence lors de l’introduction d’un nouveau mâle. Dans le cas où on maintien plus d’un couple dans le même terrarium, il faudra dans ce cas multiplier les terriers et les abris.
La majorité des spécimens disponibles actuellement sont reproduits en captivité. Afin de planifier un groupe d’élevage productif et sain, on privilégiera ceux-ci parce qu’ils offrent de meilleures garanties de survie. Des sujets importés peuvent également être proposés à la vente. Ils sont évidemment plus fragiles. Les problèmes de stress, de déshydratation et de parasitisme peuvent rendre leur acclimatation délicate. De tels individus sauvages peuvent néanmoins être un atout, permettant d’introduire du sang neuf dans les lignées et d’éviter les phénomènes hélas bien connus de consanguinité. Une analyse systématique des excréments des sujets issus de captures afin de déceler les parasitoses et de pouvoir ensuite les traiter et une quarantaine avec réhydratation des sujets et le plus grand calme sont plus que conseillés.
Dimorphisme sexuel*:
Les mâles sont caractérisés à l’âge adulte par des renflements hémipéniens assez visibles et par une série de 6 à 8 écailles épineuses disposées en crête autour du cloaque. Les motifs dorsaux des mâles sont également plus sombres. La maturité sexuelle intervient à l’âge de 12-15 mois mais il est généralement possible de déterminer bien plus tôt le sexe des individus.
Installation d’élevage*:
Un terrarium horizontal de dimensions assez modestes de 50x30 cm au sol convient pour un couple. Les juvéniles se contenteront sans problèmes de 20x20 cm, au-delà de cette surface, ils risquent d’avoir du mal à trouver les proies. On peut également utiliser un petit aquarium dont le dessus sera fermé par une plaque de verre ou de plexiglas et présentera deux aérations grillagées. Un groupe plus important comprenant plusieurs couples peut également être logé dans un terrarium de 80 ou 100 x 40. Une bonne circulation d’air est nécessaire.
P. rangei passera énormément de temps dans son terrier. Il faut donc optimiser ce dernier pour qu’il reproduise au mieux les conditions en milieu naturel et qu’il soit adapté aux besoins de l’espèce. Le fond du terrier devra toujours être chauffé et légèrement humide. : un terrier trop sec finira par provoquer la mort des animaux par déshydratation, les pertes hydriques au niveau de leur tégument peuvent s’avérer rapides et importantes .
Les parois intérieures du terrarium sont d’abord tapissées de dalles de liège afin de procurer aux animaux un espace clos et sécurisant, apte à minimiser le stress. Ensuite, j’ai posé une petite plaque en fibre de coco imputrescible au fond du terrarium avec des points de silicone. Cette plaque d’environ 1cm d’épaisseur est percée en son centre pour accueillir un tube en plastique rigide de 20 cm de long et d’environ 1 cm de diamètre. Ce dernier est également fixé au fond par du silicone transparent. Il est percé sur le côté d’un trou portant un autre tuyau rigide et perpendiculaire (voir schéma du terrarium). Ce dispositif a pour but de permettre d’humidifier le substrat par le fond à tout moment et de maintenir une légère humidité au fond du terrier. Il faudra cependant veiller à ce que ce dernier ne soit pas trop humide mais il ne doit jamais être complètement asséché. On fait passer l’eau par le haut du tuyau principal quand c’est nécessaire. Un bouchon permet d’éviter aux geckos ou aux proies de tomber dans ce tuyau .
Une seconde plaque de fibre de coco est posée par-dessus la sortie d’eau ,afin que le substrat n’obstrue pas celle-ci. Ensuite, j’ai posé une douille dans un coin du terrarium après avoir percé l’aération en haut.
L’ensemble est recouvert de sable rouge très fin. Le sable est le seul choix possible pour ces geckonidés. Si on les maintenait sur autre chose, ils risqueraient fort de dépérir rapidement. Même les juvéniles doivent impérativement être maintenus sur du sable. La couleur rouge a été choisie pour un meilleur rendu du biotope d’origine. Il est possible comme ici d’inclure des plantes dans la décoration : j’ai choisi un Lithops et une Crassula qui sont endémiques des mêmes régions que le gecko. Ces plantes capteront une partie de la «*brume*» et serviront à la condenser, les geckos pourront ainsi venir lécher une rosée artificielle qui se rapprochera au plus près des conditions naturelles. Une pierre sert de site d’insolation au point chaud et est posée directement sur le fond du terrarium, pour éviter qu’elle n’écrase les animaux lors de leurs excavations. Une épaisseur de sable sera rajoutée ultérieurement. Le substrat est réparti en suivant une pente douce. Le sable est ensuite humidifié et j’ai creusé un terrier avec le doigt à la base du tuyau plastique.
J’ai également installé un brumisateur à ultrasons. La mise en place de celui-ci m’a tout d’abord posé problème, les projections d’eau détrempant les alentours de manière intempestive dès lors qu’il était placé dans un récipient classique. J’ai donc découpé un bocal plastique avec une fente sur le côté pour laisser passer la brume et grâce au couvercle d’origine, les projections d’eau retombent dans celui-ci. J’utilise de l’eau de source et le bocal sert de réservoir. Il est monté sur un pied métallique pour en empêcher l’accès aux geckos et éliminer le risque de noyade. L’ensemble est camouflé par une écorce de liège pour en améliorer l’aspect. La brume se déverse au sol et pénètre dans le terrier, elle va également sur les plantes. Le brumisateur (Fogger Exo Terra ®) est relié à un programmateur pour fonctionner 30 minutes par jour, tôt le matin avant que l’éclairage artificiel ne soit allumé. On obtient ainsi une simulation assez fidèle des brumes maritimes du désert du Namib. Ce dispositif n’est pas indispensable et peut être remplacé par des pulvérisations quotidiennes en soirée ou tôt le matin, mais j’ai pu observer que les geckos se reproduisaient plus volontiers avec un brumisateur qu’avec de simples pulvérisations manuelles.
Le terrarium est posé sur un câble chauffant de 25 Watts relié à un thermostat Hydor ® , passant sous le terrier et équipé d’une lampe pour le point chaud 26W Exo Terra ® à 10% d’UVB. L’éclairage est de 14 heures par jour en été contre 10 en hiver, avec des variations progressives de durée. La nuit, il est impératif qu’une forte baisse de température s’opère, mis à part au fond du terrier qui restera à 22-25°C. Le reste du terrarium pourra descendre sous les 20°C. Le jour, le gradient thermique s’échelonnera entre 27°C au point frais et 35°C au point chaud et des températures avoisinant 40°C directement sous la lampe.
Les UVB ne sont pas absolument indispensables mais seront bénéfiques en particulier aux jeunes en croissance et aux femelles gravides. Deux fois par semaine, la nuit ou au petit matin, une partie du terrarium sera légèrement vaporisée en plus de la brumisation, à l’aide d’un pulvérisateur manuel pour plantes. Le reste du temps, la surface du substrat devra absolument demeurer sèche. Autrement dit, des pics d’humidité relative la nuit succèderont à une grande sécheresse le jour.
Alimentation
Purement insectivores, ces geckos apprécieront toute une variété de proies vivantes : grillons, petits criquets, petits coléoptères non toxiques, vers à soie. Il faut réduire la mobilité des grillons en enlevant systématiquement les pattes sauteuses, ces geckos n’étant pas très adroits pour la capture des proies.
Le nourrissage a lieu le soir, après l’extinction de l’éclairage. On comptera 3 à 6 proies de taille adéquate par animal tous les 3 jours pour les adultes et tous les deux jours pour les juvéniles. Les proies seront saupoudrées de Miner-All I ® tous les repas pour les jeunes en croissance et les femelles en période de reproduction, un repas sur 3 s’il s’agit d’un mâle adulte. On prendra soin de ne pas laisser traîner trop longtemps de proies vivantes dans le terrarium des geckos, cela leur causerait un stress superflu.
Reproduction
En milieu naturel, les accouplements ont lieu entre avril et mai, alors que les températures moyennes commencent à décroître. En terrarium, une période de repos de six semaines favorise les accouplements des adultes. Ils sont alors nourris moins fréquemment (2 repas par semaine ), le point chaud sera ramené à 30°C au maximum et les nuits seront également plus fraîches, si possible sous les 20°C, sauf dans le terrier où les températures demeureront stables toute l’année. Il est déconseillé de faire pratiquer un tel hivernage à des juvéniles de l’année.
La maturité sexuelle intervient entre 10 et 13 mois pour les deux sexes, parfois plus tôt mais il est sage d’attendre un âge un peu plus avancé –aux alentours de 15 mois- afin que les geckos ne souffrent pas par la suite de carences ou de «*fatigue*» prématurée.
L’accouplement dure quelques minutes tout au plus, après une course-poursuite dans le terrarium. Le mâle a le comportement classique des geckonidés. Il ne mord pas systématiquement la femelle à la nuque. Il introduit un hémipénis dans le cloaque de la femelle, puis il opère une toilette de ses parties génitales juste après l’accouplement.
La peau des geckos est si fine qu’on peut sans grande difficulté voir le ou les œufs à travers l’abdomen de la femelle au bout de 10-15 jours. La gravidité dure environ un mois. Les jeunes femelles dont c’est la première ponte ne font souvent qu’un seul œuf, la norme reste cependant de deux œufs par ponte. Une seule femelle est capable de faire une dizaine de pontes en une seule saison (L. Tononi, comm. pers.) mais il n’est pas prudent de les faire pondre autant. Au besoin, on isolera les femelles au bout de leur 4e ou 5e ponte, ce qui nécessite alors un second terrarium.
Les parents ne s’en prennent pas aux juvéniles (Tononi, Alexander, comm. pers.) et ne dévoreront généralement pas leur progéniture. Il est donc envisageable d’incuber les pontes in situ et de récupérer les jeunes dès l’éclosion. Cependant, pour plus de sécurité, on privilégiera l’incubation artificielle. Elle peut se faire sur du sable fin identique à celui employé dans le terrarium des parents, ou sur de la vermiculite. Ce substrat devra être maintenu très légèrement humide en permanence mais surtout pas détrempé, cela tuerait les embryons. Il ne sera pas en contact direct avec les œufs, et on prendra garde à éviter la moindre condensation, en utilisant par exemple une mousseline pour couvrir la boite d’incubation. Les œufs sont simplement posés sur des capsules plastiques garnies de sable sec à une température constante située dans la fourchette 29-33°C. L’hygrométrie idéale sera de 70-80% pour l’incubation. Attention, les œufs sont excessivement fragiles et leur coquille cassera facilement si on les déterre sans précautions. On pourra utiliser un pinceau pour les dégager et une cuillère pour les transférer dans l’incubateur. Ils font environ 10x 8 mm. Il est assez fréquent que la femelle fasse rouler les œufs entre ses pattes arrière pour couvrir les œufs de particules de substrat, les faisant passer ainsi davantage inaperçus. Ils peuvent parfois être collés l’un à l’autre, dans ce cas on ne cherchera surtout pas à les séparer, ce qui les endommagerait à coup sûr et ruinerait la ponte.
A 32 °C constants, les œufs éclosent entre 40 et 48 jours après la ponte. Les juvéniles mesurent en moyenne 35 mm de longueur totale à leur sortie de l’œuf. Ils sont encore plus sensibles que les adultes à la déshydratation et on les maintiendra pendant leur croissance dans de petits terrariums individuels de 20x20 cm au sol avec des pulvérisations plus abondantes et plus fréquentes, sans pour autant que le sable soit détrempé. Ils auront besoin de 8-10 cm d’épaisseur de sable très fin et non poussiéreux et seront maintenus un peu moins au chaud que les adultes. Il faut éviter les températures excédant 35 °C au point chaud et leur offrir un point frais ne dépassant pas 25 °C en journée. Un câble chauffant de 25W passant sous une batterie de plusieurs de ces petits terrariums en ne chauffant que la moitié de la surface au sol fait l’affaire. La croissance est rapide, à condition de les alimenter après leur première mue de petites proies (petits grillons, teignes…) 4 à 5 fois par semaine. Les suppléments vitaminiques seront proscrits avant l’âge de 6 mois, donnés en très petites quantités et peu souvent (une fois tous les dix jours au maximum ). Par contre, il est important de leur fournir un apport de calcium régulier dès le départ, sous forme par exemple d’os de seiche broyé laissé à disposition dans un bouchon plastique.

Statut de protection :
Totalement protégé et interdit à la détention dans la plupart des territoires de la République Sud-Africaine et classé «*vulnérable*» sur la liste rouge de l’IUCN, ce gecko n’est cependant pas annexé par la convention de Washington (CITES ), ni par les directives de l’Union Européenne CE 338/97 et CE 990/97. Les importations restent possibles via la délivrance de permis spéciaux d’exportation de faune sauvage depuis la Namibie et l’Angola.
En France, l’achat devrait être simplement accompagné d’une facture mentionnant le nom latin et vernaculaire de l’espèce, le nombre de spécimens, le sexe s’il est connu, daté et signé de l’acheteur et du vendeur, ou un certificat de cession reprenant les mêmes points. Ainsi, l’acquéreur se protège s’il advenait que l’espèce était à l’avenir incluse dans la CITES.



Conclusion
Pachydactylus rangei est souvent représenté dans les ouvrages «*grand public*» au chapitre des geckos, tant leur apparence est particulière et attirante. Ethiquement parlant, ce ne sont cependant pas de bons candidats pour un débutant. L’espèce est assez rare sur le marché et relativement fragile. Une expérience préalable avec des geckos désertiques et fouisseurs est souhaitable. La bonne maîtrise des paramètres demande en effet une certaine pratique lors de la conception du terrarium et pour le maintien au quotidien. De plus, les populations sauvages n’étant réparties que sur un territoire bien spécifique et assez restreint, l’acquisition d’une telle espèce doit aller de pair avec un projet de reproduction. Ne prendre qu’un seul spécimen pour son plaisir relèverait de l’égoïsme et de l’inconséquence quant au devenir de P. rangei. Sachant qu’une erreur de débutant peut assez facilement coûter la vie aux geckos, cela n’est pas à prendre à la légère. Ils sont plus délicats que d’autres genres terrestres plus «accessibles*», comme Eublepharis, Teratoscincus ou Stenodactylus.. Une fois acclimatés, la reproduction est cependant aisée. Actifs la nuit et tôt le matin, ils seront en outre attrayants à observer. Souhaitons que les terrariophiles francophones s’intéressent de plus en plus à ce type d’espèce pour les reproduire à plus grande échelle, d’autant qu’un apport de sang neuf via des lignées importées reste possible à ce jour.
Bibliographie*:
ANDERSSON, L. G. 1908. A remarkable new gecko from South— Africa and a new Stenocercus—species from South—America in the Natural History Museum in Wiesbaden. Jahrbüchern des Nassauischen Vereins für Naturkunde in Wiesbaden, 61299-306
BAUER, A. & T. LAMB (2005). Phylogenetic Relationships of southern African geckos in the Pachydactylus Group (Squamata: Gekkonidae). - Afr. J. Herp. 54 (2): 105-130.

BRANCH, B. 1988. Field guide to the snakes and other reptiles of Southern Africa. New Holland Ltd., London, 328 pp.
FURMAN, J. 1994. Field Observation, Captive Husbandry and Breeding of the Web- Footed Gecko, Palmatogecko rangei Jour. Int. Gecko Soc. 2 (3): 102-106
GATES B. C. 2007. Observations of the Thick –toed gecko Pachydactylus scherzi Mertens 1954 near the Brandberg ,Namibia –Gekko ,GGA Publ. ,Vol. 4 Issue 1.
GIRARD F. 2002. Palmatogecko rangei, maintien et reproduction ,Reptil Mag n° 10 ,
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HENKEL F.W., SCHMIDT W. 1995. Geckoes ,Krieger Publ. ,
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RÖSLER, HERBERT 1995. Geckos der Welt - Alle Gattungen. Urania, Leipzig, 256 pp.
STEYN, W. & W.D. HAACKE. 1966. A new Webfooted Gekko (Kaokogecko vanzyli gen. et sp. nov.) from the North-Western South West Africa. Cimbebasia, 18: 1-23.
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Source internet:
(source*:http://www.met.gov.na/programmes/status/2003%20checklist.pdf )
Etude consultable en partie sur : Footprints in the sand: independent reduction of subdigital lamellae in the Namib–Kalahari burrowing geckos ,sur Footprints in the sand: independent reduction of subdigital lamellae in the Namib?Kalahari burrowing geckos (http://www.pubmedcentral.nih.gov/articlerender.fcgi?artid=1560219) .

rhachic
05-06-2011, 02:39 PM
Any chance we could get this in English??